Arlis des Forains (Mélanie Fazi)

Publié le par Tortoise

Quand j'avais lu "Cristal qui songe" de Theodore Sturgeon, j'avais été très étonnée qu'une des bénévoles de la bibli le connaisse aussi et même qu'elle l'aime beaucoup, surtout pour l'ambiance de cirque qui baigne ce roman fantastique... Et elle m'avait aussi conseillé "Arlis des Forains" de Mélanie Fazi, que j'avais donc réservé pour voir ça de plus près. Je l'ai eu à ma disposition récemment, et justement on parle un peu de Mélanie Fazi en ce moment au Cercle d'Atuan, donc ça tombait vraiment bien.

En plus, la couverture est magnifique (ah ben tiens, c'est encore du Didier Graffet, l'illustrateur de la Compagnie Noire, entre autres) ^^


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Lorsqu'on a onze ans, le monde est un endroit étrange... Et quand ce monde se compose d'un ours, de singes savants et de serpents, l'étrange devient le quotidien. Car Arlis est un forain, et sa maison est la route. II vit heureux en compagnie d'Emmett et de Lindy, qui dirigent la caravane, de jared, le cul-de-jatte, d'Aaron et de Katrina. Si seulement Arlis savait ce qu'il fait parmi eux. Car il ignore tout de ses origines ou de sa famille. Un jour, alors que les forains atteignent la petite bourgade de Bailey Creek, Arlis fait la connaissance de Faith, la fille du pasteur. 

Ils se lient d'amitié et deviennent complices, au cœur des blés, sous la lune et le vent. Mais Faith n'est pas non plus une fille comme les autres. Elle connaît les secrets des champs de blés. Elle initie Arlis à d'étonnants sacrifices dédiés à l'épouvantail qui règne en maître sur ces lieux. Autour d'eux plane une présence invisible et effrayante.

Oui, lorsqu'on a onze ans, le monde est un endroit étrange, où peuvent surgir la violence et la mort, et changer votre vie à tout jamais...

 

Moi qui ai toujours cette petite fascination pour les mythes des roulottes et de la vie bohême, j'ai effectivement été servie, la petite troupe de forains décrite ici est bien comme on peut se l'imaginer: hétéroclite, insolite, mélancolique, régie par des rapports de force et une hiérarchie forte mais pas forcément ostentatoire, et des secrets, des non-dits, des passés qui collent aux basques quoiqu'on fasse.

 

Arlis, le seul gamin de la petite troupe, sait qu'il a été adopté par Lindy, qui l'aime comme une mère tout en ayant toujours tenu à ce qu'il ne l'appelle pas ainsi.

Dans chaque nouvelle ville où ils installent leur foire, Arlis vagabonde librement, mais ne se lie jamais de trop près avec les gamins du coin, qui le voient toujours trop comme un étranger, soit avec un soupçon de jalousie à l'idée qu'il ne va jamais à l'école et vit avec des animaux domptés, soit avec hostilité parce qu'il n'est pas des leurs.

 

Sauf cette fois-ci, à Bailey Creek, où Faith le voit avec un regard qu'il ne connaissait pas, celui de la fille rebelle du pasteur qui rêve de n'avoir pas de parents, comme lui.

 

Une nuit, elle l'invite à venir s'asseoir avec elle sur le bord de son toit pour contempler les champs de blés, qui semblent chuchoter dans le royaume de la nuit où les blés perdent toute leur innocence du jour et ont soudain l'air d'être vivants, et inquiétants.

 

"J'ai suivi des yeux son bras tendu vers l'horizon, vers le ciel étoilé, vers les champs de blé. Je n'aurais jamais cru que le toit d'une maison si peu élevée puisse offrir une telle vue, Bailey Creek n'existait plus: vu d'ici, le monde commençit là où s'étendaient les champs. Ils semblaient cerner la ville tout entière. Des champs de blé et le ciel dégagé à perte de vue.

La lune paraissait tellement proche que j'aurais juré pouvoir l'atteindre. Il suffisait de tendre la main. On pouvait même deviner sa texture, froide et un peu rugueuse au toucher. Elle semblait tellement concrète, grosse boule suspendue en l'air, caillou phosphorescent. On ne regarde pas la lune: c'est elle qui vous regarde. Elle est toute proche et elle vous regarde. Pas comme le soleil qui vous force à baisser les yeux."

 

Elle l'entraînera dans ses sacrifices au Seigneur des Moissons, l'épouvantail qui trône au milieu des blés. Elle lui fera traverser les épreuves, lui fera partager ses visions.

Lui expliquera le petit catéchisme hérétique qu'elle pratique dans le dos de son père depuis des années.

 

"Il fallait appartenir à la nature depuis longtemps pour apprendre à respirer comme le vent. Il devait savoir des choses que les hommes avaient désapprises avec le temps. Comme faire partie du grand tout sans chercher à y laisser sa marque."

 

Jusqu'au moment où Arlis va rentrer dans son jeu encore plus profondément qu'elle l'aurait cru possible, et que les "miracles" vont prendre une nouvelle tournure.

En même temps, Arlis plonge dans une intense quête d'identité alors que des souvenirs de sa petite enfance ressurgissent peu à peu et que certains indices se mettent en place, lui dévoilant finalement un secret qui aura de grandes conséquences...

 

La psychologie des personnages est très bien rendue, les descriptions sont très réussies et il y a un côté réaliste, commun: tout ce qui fait un style fluide et très agréable à lire, qui sert un suspense bien mené baignant dans une atmosphère bien plantée.

 

"Assis en tailleur sur mon lit, à essayer de déchiffrer un livre d'aventures pas franchement passionnant, je guettais Aaron à la dérobée, faute d'autres distractions. Il n'y a rien de plus énervant que de relire dix fois une page dont le sens s'obstine à vous échapper."

 

Un bon roman de fantastique qui donne une lecture très agréable!


 

Avec ça, on peut aussi aller un peu plus loin avec le site de Mélanie Fazi et notamment sa page des "bandes originales et musiques d'ambiance" très intéressante.

 

Et c'était donc la lettre F de mon Challenge ABC!

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Publié dans Reading*Patch

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Lelf 10/04/2010 15:24



Ca donne super envie :)


(pour le Sturgeon aussi ^^)


Je regarderai ça après Serpentine :p



Julien "Naufragés Volontaires" 05/04/2010 21:35



J'avais bien aimé la lecture lors de sa sortie... et ta critique me donnerait presque envie de le relire!