La Chasse au Snark (Lewis Carroll)

Publié le par Tortoise

Ouf! J'ai failli être en retard, comme le Lapin Blanc...

C'est que ce livre, j'ai pu le lire gratuitement grâce à Blog-o-Book et leurs lectures en partenariat avec des éditeurs, en l'occurence Gallimard/Folio, qui fournit gracieusement la lecture à condition qu'on publie notre avis dans le mois qui suit.

Comme je me connais bien, j'y regarde toujours à deux fois avant de m'engager quand il y a des conditions, mais là, j'était en pleine replongée et approfondissement de l'univers des Alice de Lewis Carroll, alors je ne pouvais pas laisser passer ça.

 

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Un cireur de souliers, un fabricant de bonnets, un boulanger, un avocat et un castor, entre autres personnages, partent à la chasse d'un animal fantastique : le Snark. En espérant qu'il ne s'agira pas d'un boojum !

Moins connu qu'Alice au pays des merveilles mais aussi extravagant, La chasse au Snark conserve toute sa puissance comique.

En regard du texte anglais, accompagné des illustrations originales de Henry Holiday, la traduction de l'oulipien Jacques Roubaud respecte l'oralité de ce long poème.

Elle est suivie d'une analyse par le linguiste Bernard Cerquiglini.

L'occasion d'une promenade savoureuse à travers l'oeuvre de Lewis Carroll pour redécouvrir, à l'aune des recherches de Joyce et d'Artaud, l'un des chefs-d'oeuvre de la littérature victorienne.

 

La chasse au Snark est un récit sous forme de poème en 8 petits chapitres: "une agonie en huit crises".

J'ai souvent lu que les plus ardents admirateurs considèrent ce texte comme étant le meilleur et le plus remarquable de Carroll, avec le poème du Jabberwock inclus dans A travers le miroir.

Ce n'est pas tout à fait mon avis, mais toujours est-il que c'est un parfait complément au Pays des Merveilles et à l'Autre côté du Miroir. Et c'est clairement le texte dont j'ai reconnu le plus de références, surtout des Thursday Next de Jasper Fforde: les boojums, l'Homme à la Cloche, peut-être même le Castor... Et évidemment le Snark dont tout le monde a au moins entendu parler même sans avoir lu Carroll (enfin je pense).

 

Peut-être aussi que je ne l'ai pas complètement apprécié à sa juste valeur, parce que les poèmes sont ce à quoi j'accroche le moins dans l'oeuvre de Carroll, je trouve que c'est ça le plus difficile à appréhender, même en se laissant couler dans la marée d'absurde et de nonsense qui me séduit tellement dans le reste de l'oeuvre...

 

Toujours est-il que je suis quand même contente de connaître La chasse au Snark et de rajouter cette référence à celles que je pourrais désormais repérer.

 

Et puis c'est quand même très agréable à lire, très accessible, bien plus que la plupart des poèmes inclus dans le Pays des Merveilles et l'Autre côté du Miroir, surtout avec cette édition bilingue qui permet de bien comparer l'habile traduction à tous les jeux de langage originaux, et ça c'est très appréciable!

 

Et surtout, c'est encore un petit bijou d'absurde, de l'univers farfelu qui va jusqu'au bout, du nonsense qui acquiert sa logique propre, comme on l'aime!

 

J'ai particulièrement aimé le passage où le Boucher et le Castor, qui s'évitent diplomatiquement depuis le début du voyage (pour la bonne raison que le Boucher ne tue QUE les castors ^^), se rapprochent pour se plonger dans une grande leçon de calcul complètement loufoque, pour ne pas avoir à penser qu'ils ont entendu le cri du terrible Jubjub... Ce qui donne une des meilleures illustrations de Henry Holiday, à mon goût:

 

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Et aussi la strophe introductrice de chaque "crise", une sorte de "mode d'emploi pour pratiquer la chasse au Snark" - même si à force ça devient justement un peu trop répétitif, mais aux premières lectures ça m'a fait beaucoup tripper:

 

"Ils le cherchèrent avec des dés à coudre

ils le cherchèrent avec passion

Ils le poursuivirent avec des fourchettes et de l'espoir

Ils menacèrent sa vie

avec une action de chemin de fer

Ils le charmèrent avec des sourires et du savon."

 

Ce qui est très intéressant, aussi, c'est l'étude placée à la fin de ce petit livre et qui présente le poème du Jabberwocky à travers sa version originale, puis onze versions des traductions de la première strophe, en se concentrant sur les mots-valises, ces épineux portmanteaux qui non contents d'être des mots inventés, doivent rappeler les deux autres mots dont ils sont censés être composés... De très beaux jeux étymologiques, avec de belles trouvailles chez les traducteurs!

 

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C'est vraiment passionnant de pouvoir comparer d'aussi près 7 traductions différentes, même si ce n'est qu'une petite partie de toutes celles qui ont été faites - d'ailleurs mes 2 éditions Librio comportent une "nouvelle traduction" de Elen Riot, ce qui m'a donné encore un exemple supplémentaire à comparer.

 

J'ai ainsi appris que le "il était reveneure" qui sonne tellement bien et qui reste si bien en tête, surtout après avoir vu la VF du film de Burton et avoir lu La Nuit du Jabberwock de Fredric Brown, lequel reprend précisément cette traduction de Henri Parisot qui est apparement communément admise comme ZE meilleure des traductions françaises, la référence, eh bien donc "reveneure" est très beau mais s'éloigne un peu du sens original, et Parisot l'a ensuite corrigé par "grilheure" qui correspond mieux mais qui est moins connu (et sonne moins bien, quoi).


En revanche, j'ai moi aussi une énorme préférence pour ses slictueux, l'alloinde, et son Jabberwoqueux.


Par contre, pour les raths qui seraient une sorte de cochon vert et/ou de très austères  tortues de terre, je préfère le bon vieux trotue d'Elen auquel je me suis tellement habituée, et, forcément, attachée ^^

 

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Bref, avec ce petit appendice on en apprend vraiment plus sur d'où peuvent sortir tous ces mots inventés et se faire une meilleure idée de la famille de sens que Carroll voulait leur donner. Vraiment passionnant et très amusant!

 

Voilà, je remercie donc encore bien grandement Folio des éditions Gallimard pour leur partenariat avec B.O.B,

 

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et bien sûr B.O.B. pour cette très sympathissime initiative, et pour tout ce qu'ils font de bien en général:

 

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Vous pouvez lire les avis des autres bloggueuses qui avaient aussi été retenues pour ce partenariat:

 

Maggie, Malice, Melisende, Praline

 

 

Et enfin, pour l'anecdote, Le Moment C.L.A.P.!


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J'ai commencé à lire ce livre dans la salle du Lido, le petit ciné d'art et d'essai où j'attendais que le rideau dévoile le grand écran pour "Mammuth".

Comme ce sont des petites strophes, c'était parfait pour émailler les papotis avec ma mère. Sauf que maintenant je me dis que j'aurais mieux fait de tenter une photo de la salle: j'arrive pas à me sortir ce plafond peint de la tête ><

Publié dans Reading*Patch

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Lou 10/05/2010 20:26



Moi aussi j'ai adoré le passage avec le boucher et le castor :)



maggie 08/05/2010 07:07



Même si c'est un poème, j'ai vraiment beaucoup aimé cet univers... J'ai rajouté ton lien sur le billet !