Les Annales du Disque-monde, 8: Au Guet! (Terry Pratchett)

Publié le par Tortoise

* Ceci était la lecture de février 2010 du Cercle d'Atuan *

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Cela faisait plusieurs fois que je proposais de lire du Pratchett aux gais compagnons du Cercle d'Atuan, et sans piocher dans les tout premiers tomes que je trouve plus difficiles pour découvrir. J'ai donc été bien contente qu'il ait fini par être retenu, et il a effectivement fait quelques heureux, ce dont je suis ravie!
Même si quelques-uns n'ont vraiment pas accroché, j'aurais quand même réussi à montrer aux autres qu'il ne faut pas forcément s'arrêter à la Huitième Couleur, que Pratchett est un vrai auteur, et que ses livres ne sont pas que de la rigolade délirante.
Pour ma part, j'en ai profité pour le relire, comme ça commençait à faire un bon moment que je n'avait pas relu celui-là alors qu'il reste un de mes grands préférés et celui qui m'avait définitivement rendue fan à l'époque où j'ai découvert Pratchett.

Je me suis donc plus attachée aux détails qu'à l'ensemble, alors ma chronique sera en conséquence...

Ce huitième tome des Annales marque donc le début des aventures du Guet d'Ankh-Morpork, qui est alors fort mal en point, inutile et méprisé par tous. Ses seuls employés sont le capitaine Vimaire, dont la toute première apparition très avinée pose déjà son attachement inconditionnel à sa ville ("La ville étaitu... étaitune... chaispusquoi. [...] C'taitune... truc, là... mais si, la meilleure amie d'l'homme. L'chiot femelle. Une chiotte. Poule. Chienne."), le sergent Côlon (qui ne fait que croiser sa femme: "Ils avaient trois enfants adultes, tous nés, supposait Vimaire, au prix de billets extrêmement féconds.") et le caporal Chique ("une seule chose empêchait d'affirmer que Chicard se rapprochait du monde animal: le monde animal se serait levé pour partir.").

Arrive alors Carotte Fondeurenfersson, brave petit gars immigré de chez les nains et mesurant près de deux mètres, sentant le savon et piégant de ses Protections quiconque cherche à le fragiliser du côté des vénérables. Naïf et droit, qui écrit consciencieusement des lettres à sa famille naine avec une orthographe douteuse et un léger blocage sur les métaphores utilisées à Ankh-Morpork.

A travers son regard, on a droit à une petite parodie des Guildes des Voleurs qu'on trouve dans bon nombre de romans fantasy, semble-t-il... Avec un "système savant de bons et de reçus" qui veille à l'équité des vols licites qui est l'adaptation bien morporkienne du concept d'hache-sueur-rance que Deuxfleurs avait tenté d'introduire lors de son séjour relaté dans La Huitième Couleur.
Et les arrestations effectuées par Carotte valent toutes leur pesant de cacahuètes dans ce tome où il est encore un débutant mal rompu aux usages de la cité ^^

Au même moment, dans les recoins discrets et mystérieux de la ville, le Grand Maître Suprême dirige doucement ses Frères Eclairés de la Nuit d'Ebène vers un complot monarchiste visant à renverser le Patricien Vétérini. Les sociétés secrètes ont l'air de faire fureur à Ankh-Morpork, et leurs adeptes n'y voient pas forcément autre chose qu'un passe-temps divertissant et vaguement valorisant.

"Vous êtes sûr que la tour mal bâtie ne tremble pas  beaucoup au passage d'un papillon?
- Dame non. C'est de la soupe aux haricots. Je regrette."
"Est-ce que vous pourriez pousser? La Porte de la Connaissance Que Ne Peut Franchir l'Ignorant se coince vachement par temps humide."

Dans toute sa splendeur, le talent de Pterry pour tourner en dérision les plus grands clichés et stéréotypes, et pour les confronter au pragmatisme d'un quotidien pas toujours si loufoque sur le Disque!

C'est également dans ce tome qu'on apprend que "Le figuin est défini dans le Dictionnaire des mots qui rincent l'oeil comme un petit pâté feuilleté garni de raisins secs", un mot bizarre et méconnu qui prend un tout autre sens dans le serment des Frères ^^
On a aussi déjà les petites personnifications de pensées et de neurones si typiques de Pratchett et ses petits théâtres de cerveau:
"un petit groupe insistant de cellules grises du mauvais côté de ses synapses gribouillaient sournoisement leurs graffitis sur la façade de son émerveillement."

A la Bibliothèque de l'UI, le bibliothécaire simiesque se rend compte qu'un livre a été volé, et le voilà qui vient porter plainte au Guet (pire qu'un crime? Ook.), dans une scène de mime d'anthologie. (D'accord. Deux syllabes?)

"Les visions horribles ne manquent pas dans le multivers.. Mais, d'une certaine façon, pour une âme en harmonie avec les rythmes subtils d'une bibliothèque, il existe peu de spectacles pire qu'un espace que devrait occuper un bouquin."

("Il y avait aussi le bizarre incident de l'orang-outang pendant la nuit...")

A l'occasion, on découvre aussi le concept de l'espace B et les théories qui en découlent...

"La vérité, c'est que même les grosses collections de livres courants déforment l'espace, comme peut en attester tout amateur ayant déjà fouiné chez un très vieux bouquiniste à l'ancienne, à l'intérieur d'une de ces boutiques qu'on dirait conçues par monsieur Escher dans un de ses mauvais jours, avec plus d'escaliers que d'étages et des rayonnages qui aboutissent à de petites portes sûrement trop basses pour le passage d'un humain de taille normale. L'équation appropriée est la suivante: Savoir = pouvoir = énergie = matière = masse ; une bonne librairie n'est qu'un trou noir distingué qui sait lire."

"La matière est la masse. Et la masse déforme l'espace. Elle le déforme en un espace B polyfractal. Donc, malgré toutes les qualités du système Dewey, quand on veut chercher quelque chose dans les replis multidimensionnels de l'espace B, rien ne vaut une bonne pelote de ficelle."

Ensuite apparaissent les premiers attentats au dragon (Zebbo Controvers, voleur de troisième classe, "était le premier à voir le dragon d'Ankh-Morpork. Ce qui lui faisait une belle jambe, maintenant qu'il était mort."), aussi incroyable que ça puisse paraître.
Du coup, Vimaire, qui s'est un peu secoué, va se renseigner auprès de Dame Sybil Ramkin, éleveuse de dragons des marais, ces petites bestioles au système digestif tellement compliqué qu'ils sont toujours à un rot de l'auto-désintégration, et qui ne ressemblent en rien à l'impossible grand Draco Nobilis qui terrorise la cité.
Au passage, Vimaire se laisse quand même attendrir par le regard expressif de Bravegars, fruit de croisements génétiques infructueux, le looseur de la dragonnerie...
Rebaptisé Errol au poste du Guet, il a pourtant quelques surprises à réserver, mais gardons-nous bien de spoiler ^^

On croise aussi Planteur à quelques reprises, par contre la Mort n'est pas très présent, à peine deux apparitions fugitives.

Vétérini par contre est déjà parfaitement campé dans son rôle de "tyran" ultra anticipateur, froid et cynique, manipulateur par nature, c'est vraiment délectable ^^
"ne jamais construire un cachot dont on ne peut pas sortir"

On note aussi que Lupine Wonse, le secrétaire particulier de Vétérini qu'on ne reverra plus après ce tome, était un galopin de rues à la même époque que Vimaire.

"Gngh", fit-il.

Et Pterry déboute habilement tous ces clichés du fils de roi, avec une feinte à la fin qui va déterminer la vision qu'on aura de Carotte par la suite dans les tomes suivants.
Sans oublier le véritable florilège de clichés sur les contes et légendes de dragons et de princesses que la populace morporkienne massacre allègrement à coups de logique imperturbable, de crédulité forcenée et d'amalgames d'incompréhensiosn et d'imprécisions ^^

Pour finir, c'est dans ce tome que le Guet déménage aux Orfèvres, et qu'il a droit à une cérémonie officielle, où ils font d'ailleurs une bien modeste et bafouillante requête en guise de récompense:

"Y'a la bouilloire. L'était pas bien fameuse, d'ailleurs, mais Errol l'a mangée quand même. Elle avait coûté presque deux piastres. Il déglutit. On en voudrait bien une nouvelle, si ça vous fait rien, Votre Seigneurie."

C'est le début de la nouvelle évolution de cette institution qui commence à retrouver sa légitimité d'antan, et qui va se développer plus tard dans la série...

Voilà, je crois que j'ai fait le tour du plus gros, évidemment j'ai oublié des trucs et volontairement laissé de côté une bonne partie de mes notes, que j'ai même pas fini de dépouiller pour moi, mais ça m'aurait pris 15 jours pour faire mon semblant de chronique, autrement!

Publié dans Reading*Patch

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Commenter cet article

The Bursar 05/04/2010 18:16



C'est un de mes préférés du guet, car même si j'aime les nouveaux personnages qui arrivent ensuite, j'aime particulièrement l'ambiance de ce livre, où il n'y a que Vimaire et sa bouteille de
whisky, Chicard et Colon, puis Carotte qui va venir troubler la routine du Guet.



Tortoise 05/04/2010 15:50



Je le trouve encore assez fouillis, moi, mais merci quand même!



Alda 05/04/2010 11:43



Absolument excellent, ce résumé ! tu fais parfaitement ressortir l''humour et la loufoquerie, et le choix de répliques est parfait - si je n'avais pas déjà lu le livre environ six fois, je me
précipiterais pour l'acheter...